Hesperid

Dès la création de notre laboratoire, des recherches ont été entreprises dans les îles de Méditerranée, à Chypre, en Corse et plus ponctuellement en Sardaigne, en Sicile ainsi que dans les petites îles du littoral provençal. Ces initiatives sont toutefois restées marginales dans la programmation scientifique, à l’exception du GDRE « Le monde insulaire en Méditerranée », fruit d’une ambitieuse collaboration internationale, mais dont l’existence fut brève et les résultats très limités.  

Les années 2018-2023 ont été marquées par un fort regain d’intérêt pour ces territoires avec des travaux de doctorants et l’ouverture de nouveaux chantiers archéologiques faisant naître la nécessité de mettre en place un programme fédérateur. Celui-ci prend la forme d’un groupement de chercheurs, d’enseignants chercheurs et d’étudiants, rattachés au LA3M mais aussi à des structures partenaires, travaillant sur une problématique commune. Il est avant tout pensé comme un espace d’échanges et de partage reposant sur un dialogue interdisciplinaire destiné à stimuler la production de connaissance.  

Au début des années 2000, les géographes se sont emparés du concept d’habiter, hérité de la phénoménologie ontologique, et l’ont développé dans l’objectif d’analyser les grands changements sociétaux du XXe siècle. L’habiter est alors entendu comme le rapport complexe des Hommes à l’espace dans lequel ils vivent, comme un ensemble de représentations, d’usages, de comportements liés à un lieu (Lazzarotti 2013 et 2014).

En raison d’un fort cloisonnement disciplinaire au sein même des sciences humaines et sociales, cette notion est restée étrangère aux historiens et aux archéologues travaillant sur les périodes anciennes. Elle est pourtant susceptible d’enrichir significativement nos approches traditionnelles en ouvrant de nouvelles perspectives grâce à la prise en compte des pratiques des lieux et des modes d’habiter (Stock 2004).

L’enjeu du programme Hesperid est d’apporter une profondeur historique à cette notion d’habiter en étudiant, à l’aune de celle-ci, les espaces insulaires de Méditerranée au Moyen Âge et durant l’époque moderne. Ces derniers constituent un champ d’expérimentation particulièrement approprié en raison de leurs caractéristiques et de leur contexte dont les effets sont amplifiés par la finitude du lieu et la présence d’un espace liminal ambivalent qui isole, tient les îles à distance des autres territoires et en même temps les relient à eux. Il s’agit donc de comprendre, à travers une étude des représentations, des systèmes de peuplement, des connectivités, de la culture matérielle et des gestes du quotidien, mais aussi des populations elles-mêmes, comment les insulaires ont habité ces lieux singuliers et pourquoi ces manières d’habiter ont évolué pour, parfois, être complètement transformées. La réflexion est alimentée par les données archéologiques, mais aussi par les sources archivistiques ainsi que les récits de voyages, les textes géographiques et les insulaires ou recueils d’îles.

Lazzarotti 2013 : O. Lazzarotti, Notion à la une : habiter, GeoConfluences [En ligne] 2013 :  https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/notion-a-la-une/habiter

Lazzarotti 2014 : O. Lazzarotti, Habiter le Monde, Documentation photographique, n°8100, 2014.

Stock 2004 : M. Stock, L’habiter comme pratique des lieux géographiques, EspacesTemps.net [En ligne] 2004 : https://www.espacestemps.net/articles/habiter-comme-pratique-des-lieux-geographiques/

VILCO

Le programme VILCO du LA3M (2024-2028) interroge les « communs » dans la ville (principalement européenne, médiévale et moderne). L’étude porte également sur les communautés villageoises de taille plus restreinte, interrogeant les similitudes et les différences villes/villages en termes d’utilisation des biens communs.

La ville, comme les bourgs et villages plus modestes se caractérisent par la coprésence de nombreux habitants et leur appartenance à une même communauté. Dès lors, comment comprendre la vie politique et sociale des communautés urbaines médiévales et modernes, sans envisager les espaces, pratiques et réalisations matérielles qu’impliquent la vie en commun ?

Afin d’étudier le champ politique de façon décloisonnée entre les différentes sphères des sociétés urbaines (conseil de ville, métiers, officiers royaux, clergé séculier et régulier), le programme VILCO entend examiner la manière dont les différents acteurs s’inscrivent et interagissent dans un même espace urbain.

Ainsi, la collaboration des archéologues, des architectes et des historiens, mais aussi des géographes, politistes et philosophes, permettra d’envisager les différentes utilisations des espaces communs dans la ville (places, lieux de réunions et de rassemblement, marchés, ports, églises, salles communes, lieux de conservation des archives, équipements d’adductions/distribution/évacuation de l’eau, fours et moulins, usages civiques des lieux de culte, cimetières, portes, ponts, murailles et fortifications, hôpitaux et lieux d’assistance aux malades et nécessiteux) et d’en questionner le caractère politique ou infra-politique.

Les tâches liées aux communs pouvaient être assumées par des individus ou des collectifs d’habitants, depuis l’échelle du voisinage jusqu’aux conseils de ville ou d’autres autorités parfois supérieures, au nom de l’intérêt collectif. Ces manifestations de l’action publique ont laissé des traces archéologiques, architecturales et documentaires, que VILCO se propose de rassembler et de comparer, de mettre « en communs », à partir des terrains de recherche des participants au programme.

Thèmes d’étude envisagés :

  1. L’interaction espace public/espace privé dans l’espace urbain (gestion collective des empiètements respectifs espace privé/espace public ; lotissements, espaces ouverts)
  2. Les ressources communes, leur mise en valeur et leur gestion (eau, minerai, bois, terres gastes, préservation de l’écosystème)
  3. L’espace urbain et villageois en temps de crises : Comment les crises sanitaires et les menaces militaires impactent l’organisation spatiale, mise à l’épreuve des systèmes sociaux et politiques urbains, modification de l’urbanisme, dotation de nouvelles infrastructures, ou transformation/adaptation de l’existant voir démolition (enceintes, fortification, hôpitaux, cimetières d’urgence…)

Études de cas et comparatisme à l’échelle provençale et méditerranéenne : Marseille, Hyères, Toulon, Aix, Marignane, Peynier, Fréjus ; Gênes, Barcelone (liste non définitive). L’étude ne se limitera pas aux villes-cités, et pourra intégrer l’échelle des communautés villageoises en tant que possible échelle de déclinaison des phénomènes urbains (bourgs castraux, par exemple), pour observer la déclinaison de phénomènes communs à différentes échelles. Des éléments de comparaison avec des villes et villages d’autres espaces européens et méditerranéens seront également recherchées (villes rhénanes par exemple, ou Troyes).

Les limites chronologiques (XIIe-XVIIIe s.) pourront varier en fonction des lieux ou des sous-thèmes documentés.

Ces perspectives de recherche se conjuguent aux recherches de terrain en cours ou à venir, alimenteront nos séminaires, en vue de publications s’inscrivant au cœur des questionnements scientifiques actuels.

SyLitMéd

SyLitMéd : Systèmes littoraux médiévaux en Méditerranée nord-Occidentale du VIIIe siècle au XIIe siècle

Coordination : André Constant et Anne Cloarec-Quillon

A lire sur cette page :


Présentation

Vue de la plaine littorale du Roussillon depuis les hauteurs de la vallée de la Massane (massif des Albères/Albera, Pyrénées-Orientales 66) (cliché : André Constant)

Le programme de recherche « SyLitMéd » (2023-2028) s’inscrit dès le premier semestre 2023 dans la nouvelle programmation quinquennale du LA3M (UMR 7298), qui doit s’orienter pour 5 ans vers l’analyse pluridisciplinaire des « espaces méditerranéens » perçus selon une approche interdisciplinaire et systémique. Dans ce cadre, le programme à l’ambition de renouveler en profondeur notre perception des systèmes d’occupation du littoral s’étendant du sud-ouest au nord-est de la Catalogne jusqu’à la Ligurie et la Corse durant la phase de l’optimum climatique médiéval (VIIIe-XIIe siècles). S’inscrivant dans le courant historiographique majeur impulsé en France par les grandes thèses d’Etat des années 1970 relatives à la « mutation féodale »1, ce programme approfondira le thème de la construction de l’espace côtier et des modalités de son appropriation dans le contexte d’émergence des « féodalités » méridionales (Débax 2003, Mazel 2008) et de territorialisation des pouvoirs locaux. L’approche globale ou systémique du littoral, ou plutôt de la mosaïque littorale, fera nécessairement appel à des compétences et des approches très diverses, aussi bien historiques qu’archéologiques et paléo-environnementales, pour en cerner au mieux toute la complexité au cours des 5 siècles abordés.

1 : Pierre Bonnassie (Catalogne), Monique Bourrin-Derruau (Bitterois), Georges Duby (Maconnais), Robert Fossier (Picardie), Christian Lauranson-Rosaz (Auvergne), Jean-Pierre Poly (Provence), Michel Rouche (Aquitaine), Pierre Toubert (Latium)

Constat et objectifs scientifiques du programme SyLitMéd

L’intérêt scientifique pour le peuplement et l’aménagement des zones côtières au Moyen Âge a bénéficié de quelques parutions d’ouvrages mais, il est à constater, très ponctuelles pour ne pas dire très rares. En 2001, la parution de l’ouvrage Castrum 7 « Zones côtières littorales dans le monde méditerranéen au Moyen Âge : défense, peuplement, mise en valeur » a constitué un jalon majeur pour l’étude des systèmes d’occupation côtiers médiévaux. L’historien Pierre Bonnassie y dépeint notamment, à l’appui de sources historiques et archéologiques, un littoral pré-catalan déserté aux VIIIe-IXe siècles depuis Tarragone jusqu’à Narbonne, avant son repeuplement progressif à partir de la seconde moitié du Xe s. (Bonnassie 2001). Il découle de cette question également celle de la formation d’une frontière littorale dans l’horizon du VIIIe-IXe siècle, et qui serait devenue une « zone frontière », c’est-à-dire un espace de reconquête et d’enjeux socio-économiques majeurs (Toubert 1988). Ce tableau d’un « paysage côtier » abandonné dans le courant du VIIIe siècle, puis réinvesti assez tardivement autour de l’an Mil, constituera le point de départ de notre réflexion et de notre programme. Il s’agit en effet d’une question très peu abordée jusqu’à ce jour. La communauté des chercheurs médiévistes spécialistes du peuplement a sans doute trop « tourné le dos à la mer » pour ne plus se consacrer qu’aux espaces de l’arrière-pays plus propices au perchement de l’habitat à partir de l’Antiquité tardive, thème largement défriché ces dernières années (Hernandez, Schneider, Soulat 2020), tout comme l’a été d’ailleurs le littoral durant l’Antiquité (Pasqualini, Arnaud, Varaldo 2003).

La déclinaison en trois actions de recherche présentées ci-dessous devrait permettre de répondre à la question d’un hiatus d’occupation côtière, des rythmes et modalités de réappropriation des zones littorales entre les VIIIe et XIIe s. de notre ère. Faisant appel à des champs de compétences divers et des approches forcément transdisciplinaires, le programme consistera à rassembler l’ensemble des connaissances acquises éclairant les espaces aussi bien littoraux (« frontière » maritime) qu’intérieurs (« Hinterland »), en variant les échelles spatiales. A l’heure où notre UMR bâtit la future programmation quinquennale et avant son plein démarrage, le programme SyLitMéd (VIIIe-XIIe s.) bénéficie de premières adhésions de collègues dont l’engagement devraient être concrétisés dans un véritable programme d’ambition nationale ou internationale.

Espace géographique concerné et démarche envisagée

L’espace côtier tel que nous le définirons ne se limite pas évidemment au trait de côte. Les enquêtes d’archéologie spatiale et les textes démontrent, à tout le moins en Catalogne nord-orientale et ceci devra ailleurs être confronté et vérifié, l’existence aux VIIIe-1ère moitié du Xe s. d’un espace de confins dont l’ampleur (entre 4 et 7 km de large) a de quoi surprendre (Constant 2021). C’est précisément cet espace, large et baigné par les eaux de la Méditerranée qui s’apparenterait à une « zone frontière » (VIIIe-IXe s.) en voie de réinvestissement dans le courant du Xe siècle.

Les ateliers thématiques / fenêtres d’investigation

Atelier 1- Mouvances côtières aux Ve-XIIe siècles

L’objectif de cet atelier serait de reconstituer au mieux l’espace côtier contemporain de la période concernée (VIIIe-XIIe s.). Les avancées ou bien les reculs du trait de côte, la formation ou bien la disparition des lagunes sur le temps long constituent des aspects très importants pour le programme : les mouvances de la géographie du delta de Camargue depuis l’Antiquité romaine (Landuré, Vella, Charlet, 2004), de même que l’envasement des étangs (Durand, Leveau 2004), leur assèchement tardif (Abbé 2006), le comblement des lits fluviaux deltaïques durant le Petit Âge glaciaire et la disparition de voies d’eau (David, Carroza 2013), l’évolution du milieu végétal (Durand 2003), ne doivent pas faire oublier que le paysage des plaines côtières a été fortement modifié sur la longue durée : il n’est plus, pour les VIIIe XIIe s., que le pâle reflet de celui qui a pu exister, disparu car enfoui et urbanisé en grande partie. L’atelier aura pour objectif de rassembler les spécialistes de ces questions. En guise de « tableau » au programme et afin d’appréhender au mieux la géographie ou le « paysage » des espaces littoraux aux VIIIe-XIIe s., nous mettrons tout en oeuvre pour réunir les spécialistes du paléo-environnement. Cette action est naturellement connectée aux deux suivantes.

Atelier 2- Appropriations littorales : un espace convoité

Ce volet du programme fera appel à une double approche textuelle et archéologique ayant pour objectif la reconstitution de la carte du peuplement côtier et de la géographie des pouvoirs (appropriation de l’espace et sites élitaires dans la période considérée), en s’appuyant sur une base SIG collective. La question des habitats temporaires côtiers, celles des ports ou embarcadères éphémères, importante, sera bien plus difficile à appréhender du fait de la fugacité des aménagements / occupations. Nous ferons appel aux collègues historiens et/ou archéologues souhaitant développer leurs travaux ou mettre à disposition leurs résultats, que ce soit en matière d’archives textuelles (vocabulaire de la mer, de son utilisation/perception, statut fiscal des côtes aux VIIIe-XIe s., pouvoirs, protagonistes…) et/ou de chantiers d’archéologie préventive ou programmée. Des collègues membres de notre UMR mais aussi extérieurs ont déjà manifesté leur volonté de rejoindre le programme avec leurs opérations archéologiques programmée ou préventives en cours ou passées. La carte de situation des fenêtres d’enquête sélectionnées est provisoire et sera étoffée au fur et à mesure de l’avancée des travaux. L’analyse systémique et croisée (texte et archéologie) des marges/marches littorales en cours de (re)peuplement au cours des VIIIe-XIIe s. sera fortement privilégiée dans une perspective comparative des dynamiques d’occupation et des facteurs intrinsèques animant, durant ces siècles, l’espace littoral (fronts pionniers/zone frontière ?).

Atelier 3- Echanges et littoraux nourriciers

Cette troisième brique complémentaire des deux précédentes aura pour objectif principal de mettre en exergue les flux de ressources et de produits manufacturés s’opérant entre la bande littorale et l’Hinterland. Il s’agit notamment des restes céramiques qui témoignent des échanges et de la circulation des productions régionales, notamment catalanes, voire plus lointaines, et nous renseignent sur l’économie de la production des ateliers de potiers locaux. Sera questionnée également la gestion des ressources fauniques terrestre et aquatique provenant de l’espace côtier et/ou de l’Hinterland, en termes de lieux d’acquisition, de transformation et de consommation.

Les événements

La première journée d’études SyLiMéd1 s’est tenue le 21 avril 2023 (voir dans l’agenda). Plusieurs membres du LA3M ont dressé un premier bilan historiographique, des recherches en cours et des questions soulevées sur les dynamiques littorales au VIIIe-XIIe siècle.

La deuxième journée d’études SyLitMéd2 s’est tenue le 20 octobre 2023 (voir l’appel et le programme), est ouverte aux collègues extérieurs souhaitant rejoindre ce programme. Elle a pour objet une présentation de bilans relatifs aux dynamiques d’occupation des espaces littoraux abordées par différents biais (archives du sol et textes, données paléoenvironnementales).

La troisième journée d’études SyLitMéd3 est prévue le 17 mai 2024 (voir l’appel et le programme à venir dans l’agenda). Elle a pour thème les échanges et littoraux nourriciers aux VIIIe-XIIe siècles.

La quatrième journée d’études SyLitMéd4 est prévue le 18 octobre 2024 (voir dans l’agenda). Elle a pour thème : Statuts et appropriations littorales aux VIIIe-XIIe siècles.

Spiridon

Programme initié par G. Guionova et P. François au LA3M et soutenu par les céramologues du laboratoire dans son développement. Il s’agit d’une base documentaire et un outil de gestion en ligne des données céramologiques (y compris les archives) du LA3M mis en place dans le cadre du groupe de travail « Données et archives » du pôle de ressources et d’édition numériques PeRENe de l’Institut d’archéologie méditerranéenne ARKAIA. Cette base documentaire associe les caractéristiques, les métadonnées, les dessins et les photographies des céramiques médiévales et modernes étudiées par les céramologues du laboratoire depuis les années 1960 et découvertes dans toute la Méditerranée et sa zone d’influence. Elle est articulée à un Système d’Information Géographique permettant la localisation des lieux de découverte et d’origine des céramiques enregistrées. Hébergé sur Huma-num, Spiridon est en phase de développement et constituera une base documentaire d’une richesse exceptionnelle ouverte à tous ainsi qu’un outil d’identification précieux pour les archéologues en Méditerranée.

Spiridon présenté aux Rencontres GlobalMed 2022 : https://globalmed.hypotheses.org/poster_spiridon_guionova_francois