Le pont d’Avignon : archéologie, histoire, géomorphologie, environnement, restitutions 3D

Inauguré en janvier 2011, le projet ANR rassemble quatre laboratoires autour du sujet de la restitution virtuelle du pont d’Avignon à différents stades de son existence. La collaboration réunit le MAP (équipe GAMSAU – Groupe de recherche pour l’application des méthodes scientifiques à l’architecture et à l’urbanisme) FRE 3315, pilote du projet et responsable de la réalisation du relevé et des maquettes virtuelles, le LA3M en charge de la recherche archéologique sur la structure matérielle du pont à partir de l’étude monumentale et de la recherche et exploitation des sources iconographiques, le CEREGE (Centre Européen de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement) UMR 6635 investi dans la recherche et prospection géophysique sur l’évolution du lit du Rhône et de ses dynamiques fluviatiles, et le CIHAM (Centre Interuniversitaire d’histoire et d’archéologie médiévales) qui oriente ses recherches sur l’histoire de l’environnement urbanistique du pont, et sur le classement des archives rassemblées en collaboration avec les différents partenaires.

La mise en œuvre du projet accuse toute la difficulté de donner un visage concret aux états médiévaux du pont. L’étude archéologique, archivistique et iconographique a pour vocation de préciser la chronologie de l’édifice et de ses nombreuses réparations, restaurations et réfections, en vue de la restitution numérique de l’ouvrage qui ne conserve aujourd’hui que quatre des vingt-deux arches qui le composaient dans son dernier état avant l’abandon définitif des réparations et reconstructions après 1670. Si le rapport de ses plus anciennes structures conservées avec la date de 1177, rapportée par le récit légendaire de la fondation par le pâtre Bénézet, reste incertain, la chapelle romane construite sur la seconde pile appartient effectivement au style roman de la fin du XIIe siècle. Dans son premier état, le sol du petit édifice, composé d’une abside et d’une seule travée de nef unique, était en contrebas de celui de la chapelle inférieure actuelle, un indice qui suppose l’existence d’un premier tablier charpenté au même niveau, conformément aux sources historiques. Dès avant l’achèvement de la chapelle le projet semble toutefois avoir évolué, et la construction d’une voûte pour diviser la chapelle en deux niveaux, accompagnée du prolongement de la nef inférieure d’une ou de deux travées, s’inscrit sans doute dans le programme de reconstruction du pont en dur réalisé à partir de 1234-1237, date compatible avec le style des colonnettes et des ogives. Si le nouveau tablier dut désormais passer au-dessus de la nouvelle nef inférieure à hauteur du sol de la chapelle haute, sous un porche voûté dont il subsiste l’arrachement, l’étroitesse du cheminement actuel suggère que le pont fut une nouvelle fois reconstruit après cette date, car axé sur le châtelet de défense construite en 1348, sans compter l’ajout d’une abside supérieure en 1513, et les nombreuses vicissitudes ultérieures consécutives dont les arches furent victimes suite à l’activité destructive du fleuve et de l’homme.

Le programme de 2012 porte plus particulièrement sur l’achèvement et la vérification des relevés pierre-à-pierre et des stratigraphies murales, sur l’information archéologique des scans 3D réalisés à partir de mars 2012, et sur l’interprétation, souvent ardue dans le détail, des nombreuses sources iconographiques sélectionnées en fonction de leur pertinence pour la restitution numérique.

Gouverner par l’enquête au Moyen Âge

Répondant au programme de l’ANR « Gouverner et administrer », actif entre 2009 et 2011, le programme Gouvaren a réuni deux partenaires issus de la MMSH, les UMR TELEMME et LA3M et été coordonné par Laure Verdon et Anne Mailloux.

Construit autour de la pratique de l’enquête publique, entendue comme le recueil d’informations par l’interrogatoire de témoins – et notamment de l’enquête menée par Leopardo da Foligno en Provence entre 1331 et 1334, le programme entend examiner une forme de gouvernement originale, orientée vers la réforme des pratiques administratives et la réalisation du bien commun, au fondement du « Bon Gouvernement » qui irrigue la pensée politique à partir de la moitié du XIIIe siècle.

Après un colloque dressant un bilan des recherches sur l’enquête au Moyen Âge, les travaux, toujours menés dans une perspective comparatiste, ont porté sur la spatialisation de l’enquête, les pratiques administratives qu’elle engendre et enfin les théories et pratiques politiques qui la sous-tendent ou qu’elle contribue à faire évoluer.

Un accent particulier a été mis sur l’analyse documentaire et l’approche technique des documents, selon une méthodologie qui s’apparentent à une archéologie de la pratique administrative : c’est un « ars gubernandi » qui est ainsi donné à voir. Un colloque et des journées d’études régulières, ainsi qu’un carnet de recherche (veille bibliographique, suivi de l’actualité de la recherche en la matière) permettent d’élargir les discussions et de diffuser les travaux auprès du public intéressé.

Publications

Pécout T. (dir.), Quand gouverner c’est enquêter: les pratiques politiques de l’enquête princière, Occident, XIIIe-XIVe siècles, Paris, de Boccard, coll. « Romanité et modernité du droit », 2010, vol. 1/, 627 p.

Mailloux A., Verdon L. (dir.), L’Enquête en questions. (Actes du programme Gouvaren), CNRS (Collection Alpha).

Étude, conservation et valorisation du groupe épiscopal de Cuicul-Djemila

L’archéologie du XIXe et de la première moitié du XXe siècle a fortement affecté le patrimoine par des fouilles nombreuses et extensives dont les méthodes ont le plus souvent ignoré la stratigraphie. En résultent des pertes d’informations considérables et des difficultés de gestion des vestiges.

Face à ce constat, le projet EPICUR fait le pari de réétudier ces vestiges mis au jour anciennement. Il se penche ainsi sur le cas emblématique de la cité de Cuicul-Djemila (Algérie), inscrite au patrimoine mondial par l’Unesco, grâce à un protocole de recherches non invasives s’appuyant sur les nouvelles technologies.

Son objectif est double :

  1. étudier le groupe épiscopal paléochrétien s’étendant sur près d’un hectare et fouillé au début du XXe siècle ;
  2. montrer que les découvertes anciennes renferment encore un potentiel important dont l’exploitation raisonnée peut permettre de faire progresser la connaissance tout en assurant leur conservation par la documentation et en valorisant les résultats à travers la formation, la publication, la muséographie et le numérique.