UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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L’Âge de l'argent

mines, société et pouvoirs en Languedoc médiéval

Notre thèse en histoire et en archéologie médiévales porte sur les entreprises minières argentifères (plomb, cuivre, zinc, argent) des XIe-XVe siècles en Languedoc oriental (départements 07, 48, 30, 34, 12). Elles sont analysées avec une approche d’histoire des techniques, dans le but d’articuler le déroulement du processus de production avec l’organisation sociale du travail et de questionner les liens que ces entreprises entretiennent avec les pouvoirs.

 

Pour approcher les questions soulevées, il fallait en préalable constituer un corpus aussi exhaustif que possible. La première partie de notre thèse s’attache donc à définir les lieux et les rythmes de l’exploitation argentifère en Languedoc oriental, ceci dans un essai de géographie minière. Il repose sur le dépouillement des exploitations mentionnées dans les textes et sur l’inventaire des vestiges qui s’y rattachent potentiellement. Cette tâche a permis de mettre en évidence la forte discontinuité des travaux, tant spatiale que temporelle, et d’engager des réflexions typologiques et conceptuelles sur les différents espaces miniers constitués. En peu de mots, l’espace minier peut se concevoir comme une étendue de sol et de sous-sol partiellement métallifère qui a été exploitée et aménagée par des groupes humains fondant sur lui la totalité ou une partie de leur vie économique, sociale et politique. Il comporte en outre une dimension vécue, voire héritée. Au-delà de son intérêt régional, cet essai géographique a pour ambition de proposer une méthode d’inventaire, de représentation et d’interprétation des données afin de permettre des enquêtes comparées dans l’espace et dans le temps.

 

Chacun des espaces miniers définis a été produit par les pratiques d’acteurs réunis au sein de plusieurs entreprises minières. La seconde partie engage par conséquent l’étude de leur organisation en s’appuyant essentiellement sur les textes de la pratique. Toutes sont contrôlées par les tenants du dominium et partagées entre plusieurs exploitants associés. Dans leur fonctionnement, une dialectique se met en place entre ceux qui dominent, ceux qui exploitent et ceux qui travaillent, d’autant que leurs intérêts sont souvent communs et que leurs fonctions peuvent parfois se confondre. La gestion de la production et leurs acteurs définis, il restait à envisager de quelle manière était conduit le processus de production. Pour ce faire, l’unité de base considérée est le « minier » des textes, incarnation matérielle de l’entreprise regroupant une portion de gisement, des ateliers de transformation et des territoires d’approvisionnement. Partant, chaque étape du processus a été analysée dans une perspective technique et sociale. Le principal enseignement retiré a été de voir que les processus de productions sont multiples, discontinus dans le temps et l’espace. Enfin, il s’agissait d’estimer l’ampleur économique de la production argentifère languedocienne et d’envisager sa diffusion. Les rares textes quantitatifs ont été mis à contribution, et quelques hypothèses de circulation proposées.

 

Après un regard textuel sur les entreprises minières, nous faisons succéder dans une troisième partie un regard spécifiquement archéologique. Un site d’extraction et de préparation du minerai daté des XIe et XIIe siècles a été prospecté et fouillé en aire ouverte à cette fin. Il se situe sur les versants de la vallée du Chassezac, à la confluence de l’Ardèche, du Gard et de la Lozère. Un filon principal, nommé les Anciens par les ingénieurs des mines du XIXe siècle, a été exploité à plusieurs reprises. Une phase antique est signalée ainsi qu’alto-médiévale. Mais c’est au début du XIe siècle que l’essentiel des efforts est fourni. Le filon est abattu avec une logique systématique tandis qu’un quartier de traitement du minerai et d’assistance aux mineurs est installé à proximité. Malgré leur caractère encore partiel, l’étude des réseaux miniers, la fouille de ce quartier et les sondages effectués en marge de ce site offrent une rare opportunité de documenter dans son ensemble une exploitation minière. Au terme de l’analyse archéologique, nous proposons plusieurs hypothèses interprétatives. D’abord, le filon des Anciens était partagé en plusieurs concessions, chacune pourvue de puits jumeaux et d’un chantier d’abattage. Ensuite, dans cette même optique, le quartier bâti résultait vraisemblablement d’une agglomération d’entreprises minières. C’est ainsi que nous interprétons son organisation en îlots bâtis indépendants dont la fonction paraît redondante. Enfin, la chronologie des réseaux et des structures montrerait que la structure de la production fondée sur des associations d’exploitants était déjà en vigueur plus d’un siècle avant la mise par écrit des premières coutumes.

 

Une dernière partie achève la réflexion en inscrivant la production argentifère dans le temps, afin d’en saisir les rythmes, mais aussi de replacer ses acteurs dans un contexte économique, social et politique plus large. Du IIe au Xe siècle, le désert minier n’est pas aussi complet qu’on a pu le penser. Certes, les occurrences languedociennes sont encore rares, mais le calme s’explique aussi par l’activité d’ailleurs. Un large essor minier se développe en tout cas au XIe siècle, et semble couvrir une large partie de l’Occident médiéval. Ses causes, conséquences et acteurs l’inscrivent dans la longue croissance du moment. Alors qu’il semble plutôt initié par des acteurs locaux (paysans, alleutiers…), l’appropriation de la production par le groupe aristocratique s’effectue progressivement jusqu’à l’implantation des détenteurs de la puissance publique dans la seconde moitié du XIIe siècle, engendrant des processus de territorialisations. Dès lors, la production paraît marquer le pas. Encore large au XIIIe siècle, elle diminue nettement dans son dernier quart, cependant que d’autres concurrences, conséquences de la croisade, se manifestaient pour drainer une part de ses fruits. C’est notamment dans ce contexte que certaines communautés minières obtiennent de larges libertés de la part de pouvoirs qui souhaitent réaffirmer leur domination et soutenir la production. Malgré ces initiatives et l’encouragement de nouvelles prospections, les gisements languedociens s’épuisent progressivement au cours des XIVe et XVe siècles.

 

En complément, un volume de synthèse sera constitué. Chaque espace minier du corpus (18) a fait l’objet d’une monographie normée. Elles se composent d’une historiographie, de la localisation des exploitations, de leur contexte géologique, de la localisation des vestiges archéologiques, de notices relatives aux acteurs en présence et d’une chronologie. Un régeste textuel et une bibliographie achèvent chaque monographie. Nous proposerons en dernier lieu un volume contenant le régeste de l’ensemble des textes miniers réunis en Languedoc oriental.

 

Opération de recherche effectuée dans le cadre d'une thèse.

Mots-clefs

Moyen Âge - Languedoc - Cévennes - ressource naturelle - gestion - mine - minéralurgie - métallurgie - occupation du sol - territoire - géohistoire - histoire - archéologie - commerce - trafic - Méditerranée -   argent - cuivre - or - monnaie