UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Les représentations d’Enée dans les arts figuratifs en Europe du XIVe au XVIe siècle

Les premiers vers de l’Enéidesont le point de départ de ce projet de thèse. Ayant fui Ilion tombé aux mains des Achéens Enée, prince troyen, s’engagea avec son père Anchise, son fils Ascagne et quelques compagnons de fortune dans un périple initiatique qui le conduisit, selon la volonté divine, à fonder une nouvelle Troie en Hespérie.

 

L’épopée virgilienne n’est pas la première à dessiner les contours de la légende du fils de Cythérée. En effet, nombre d'auteurs avaient déjà narré ces événements par bribes ou totalement. Ces versions donnaient audit troyen une image ou concordante ou empreinte de réelles différences. Ce qui va nous intéresser est la réelle complexité de son héritage dans l’Europe du Bas Moyen Age et de la Renaissance.

 

Quelle a donc pu être sa réception dans une période marquée par une redécouverte indéniable de l’Antiquité sous l’impulsion du renouvellement de la pensée ? Comment le mythe d’Enée est-il réinvesti dans les arts figuratifs ? Quelles facettes iconographiques et quelles contradictions sont alors dévolues au chef des Teucères ?

 

L’ambivalence d’Enée dans les manuscrits à peintures est déjà bien perceptible : il est l’incarnation du traître au XIIe siècle dans Le Roman de Troiedu clerc tourangeau Benoît de Saint-Maure alors qu’il apparaît comme unefigurenotable à imiterau tournant du XVIe siècle dans l’Enéided’Octavien de Saint-Gelais. Traître à sa patrie car il aurait livré sa cité aux Grecs, avare, infidèle en amour puisqu’il sacrifie Didon sur l’autel du devoir… ces images négatives du héros sont restées présentes tout au long du Moyen Age. Mais il est aussi le « pieux Enée », cet homme responsable, qui assume sa mission d’établir à Lavinium les dieux de Troie. Avec Anchise et Ascagne c’est également la notion de piété filiale et l’allégorie des âges de la vie qui sont mises en avant. Le groupe statuaire en marbre du Bernin commandé par le cardinal Scipion Borghèse en offre justement un exemple des plus saisissants.

Les gravures, les peintures murales et mobiles, les majoliques, les émaux … traduisent ainsi des épisodes privilégiés de la légende du Dardanide: la ruine et la fuite de Troie, son histoire avec Didon, la rencontre avec la Sibylle de Cumes et la descente aux Enfers, le combat contre Turnus… et même la déification du père du fondateur d’Albe-la-Longue.

 

Derrière la nature du support iconographique (comme la vaisselle historiée, les illustrations des manuscrits, les coffres de mariée), les enjeux inhérents à la réappropriation du mythe sont bien présents. Si le goût pour l’Antiquité est avéré, le choix ornemental et sa visée (prestige des dressoirs princiers, illustrations parallèles voire divergentes de l’histoire, exemple moral au cœur de la chambre nuptiale des jeunes époux) ne sont donc pas dénués de sens. Par le biais d’une matière troyenne riche et d’un corpus iconographique diversifié tels seront, parmi tant d’autres, les aspects à aborder et les questions à soulever dans cette démarche doctorale.

 

 

Opération de recherche effectuée dans le cadre d'une thèse.

Mots-clefs

Légendes troyennes - mythe - fondation de Rome - iconographie - héritage médiéval - Renaissance - manuscrit enluminé - facettes du héros - parcours initiatique - commanditaires