UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Expériences seigneuriales dans les villes italiennes à la fin du Moyen Âge

Fondements, exercices et représentations du pouvoir

Les formes de domination seigneuriale que connurent les villes du centre et du nord de la péninsule italienne à partir du xiiie siècle se généralisèrent au siècle suivant. Elles s’ancrèrent dans la réalité politique du temps, modifiant profondément les logiques du pouvoir autour desquelles les systèmes communaux s’étaient construits, sans nécessairement en bouleverser les structures. Celles qui s’imposèrent dans la durée devinrent des moteurs des vastes constructions territoriales de la fin du Moyen Âge. Ce phénomène majeur que l’historiographique classique a étudié sous l’angle du passage de la commune à la seigneurie est l’objet d’une relecture radicale depuis plusieurs années. L’antagonisme longtemps souligné des deux modes de gouvernement est dédramatisé. Il est interprété comme l’opposition de deux idéaux-types élaborés au gré des développements propagandistes, qui sont loin d’épuiser la diversité des expériences seigneuriales et de rendre compte de leur développement au sein de communautés civiques jalouses de leur autonomie, soudées autour du partage des responsabilités politiques.

 

L’une des conséquences de l’histoire chaotique des seigneuries urbaines d’Italie a été la destruction, la dispersion ou la perte des archives – privées et publiques – produites sous ces régimes. La situation documentaire est particulièrement défavorable pour les organismes de taille modeste qui ont été d’autant moins étudiés que les dynasties les plus puissantes ont retenu l’attention des chercheurs. Les productions artistiques et littéraires brillantes qu’elles ont fait éclore ont contribué à cette tendance. Notre travail s’intéresse quant à lui à des entités seigneuriales italiennes de taille modeste à l’échelle d’une péninsule marquée par la densité de son réseau urbain et par la taille exceptionnelle, dans l’Europe occidentale d’alors, des nombreuses grandes villes qui le structuraient. Il repose sur l’analyse de sources textuelles diversifiées (statuts et registres de délibérations communales, registres de notaires et éléments de comptabilité, chroniques et poèmes), souvent fragmentaires, croisées avec des sources iconographiques issues de techniques variées ainsi qu’avec des témoignages de l’archéologie du bâti. Il analyse conjointement plusieurs seigneuries qu’il compare afin de mettre en lumière les réponses apportées à des problèmes analogues de légitimité, de domination sociale et de contrôle politique qu’elles affrontèrent. L’accent est mis sur les politiques de communication que surent déployer ces régimes seigneuriaux, en référence à l’idéologie communale mais aussi en lien avec la nature dynastique qu’ils parvinrent parfois à conférer à leur pouvoir.

 

Le travail s’oriente également vers les fondements économiques du pouvoir seigneurial. Nombreuses furent les familles dominantes à pratiquer le mercenariat et la guerre a longtemps été décrite comme une activité économique rentable, pourvoyeuse de liquidités dont une large part aurait servi à financer des entreprises édilitaires ou artistiques. La documentation disponible laisse cependant voir que les bénéfices financiers n’avaient rien d’assurés. Le retour attendu sur investissement était souvent d’un autre ordre, politique ou social. En revanche, les seigneurs mirent en œuvre des stratégies économiques de diversification et de pluriactivité, jusqu’à présent peu étudiées pour des villes moyennes. Ils s’efforcèrent de capter des revenus publics (collecte des impôts ecclésiastiques pour le compte de l’évêque ou du pape, mais aussi obtention auprès de la commune de ressources fiscales jusqu’alors perçues par elle, tels les droits de péage aux portes de la ville) et multiplièrent les entreprises économiques familiales. Il s’agissait du prêt à intérêts, pratiqué à différents niveaux de la société, de la fabrication et de la commercialisation de papier ou de farine, de la location à des tiers d’entrepôts ou de moulins, ou encore de l’approvisionnement de la ville en sel ou en blé. Ces pratiques donnèrent lieu à une production documentaire spécifique, notariée ou non, dont les modalités constituent en elles-mêmes un terrain d’enquête fertile. Elles rapprochent enfin les seigneurs urbains de bien des élites gouvernant les villes dans d’autres espaces de l’Occident méditerranéen au Bas Moyen Age, Midi français ou Espagne, invitant en cela la recherche à s’ouvrir à des fructueuses comparaisons.

 

Mots-clefs

Italie - villes médiévales - seigneuries - élites urbaines - commande artistique - communication politique - activités productives - économie - échanges