UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Four à chaux du site d’Espeyran (Saint-Gilles, Gard)

Le site antique d’Espeyran, fondé vers 525 et abandonné vers le IIe-IIIe siècle ap. J.-C., est situé en basse vallée du Rhône, à quelques km au sud de Saint-Gilles. Des prospections géophysiques ayant conduit à la découverte de deux fours à chaux, leur fouille a été entreprise en collaboration avec R. Roure (responsable scientifique de la fouille de l’ensemble du site, MCF, université de Montpellier III UMR 5140) et E. Compan (chercheur associée, UMR 5140).

 

Seul un des deux fours a été entièrement dégagé. Creusé dans le sol, il présente un plan piriforme, avec une gueule orientée à l’est, ouvrant sur une fosse d’enfournement. à l’intérieur, un couloir de chauffe, muni d’une fosse circulaire, contenait un épais niveaux de charbons de bois, restes de la dernière cuisson. Une puissante couche de chaux carbonatée et un amas de pierres calcaires mal calcinées recouvraient une double banquette en « demie lune ». La gueule était composée de deux entrées superposées. Dans la fosse d’enfournement, une couche de charbons recouvrait la quasi-totalité du sol, formant même un amas au nord-est. De nombreux éléments lapidaires ont été découverts dans le comblement. Le matériel céramique découvert est essentiellement constitué de céramique commune à pâte claire, avec quelques tessons de sigillée du haut Empire et de céramique luisante d’époque plus tardive.

 

Le plan du four rappelle bon nombre de chaufours antiques connus au travers de la littérature scientifique. De plus, la présence d’un couloir-foyer est également fréquente dans les fours antiques. Cependant, de part la présence d’une fosse-cendrier au centre et d’une double banquette, le four d’Espeyran semble constituer une variante des fours à couloir-foyer. L’utilisation, dans la gueule, d’un dispositif à deux ouvertures superposées n’est pas unique, bien qu’assez rarement reconnu dans le Midi de la France. Il pourrait avoir pour but de créer une arrivée d’air supplémentaire, et/ou de pouvoir curer une partie du foyer pendant la cuisson. Ce dernier geste pourrait être à l’origine de la formation de la couche de charbons de bois dans la fosse d’enfournement. L’analyse anthracologique a révélé l’utilisation de fagots de petits ligneux (bruyère notamment) conjointement à des buches de chêne pubescent.

 

La récolte de matériaux lapidaires de récupération a été tout à fait spectaculaire. Fragments de colonnes cannelées, de frises à décors végétaux, d’inscriptions et de blocs de pierres de taille, ainsi que parfois, semble-t-il, de marbre, ont été pléthores. Le dégagement des deux ouvertures superposées de la gueule a mis au jour le linteau dans son ensemble. Il s’est alors avéré qu’une stèle funéraire, dont l’inscription était largement conservée, le constituait. Son étude a été faite par M. Christol (Professeur émérite, université Paris I-Panthéon-Sorbonne), et a permis de la replacer dans un contexte plus large d’inscriptions épigraphiques connues dans la région de Nîmes. Toutes mentionnent le gentilice Calvius/Calvia entre les Ier et IIIe siècles. Cette découverte confirme que les monuments funéraires de la nécropole gallo-romaine d’Espeyran ont été, après l’abandon de la ville au profit de Saint-Gilles, le théâtre d’une activité intense de récupération de matériaux. Les observations préliminaires effectuées sur les restes lapidaires non calcinées laissent entrevoir une activité de débitage des blocs, probablement en vue de préparer le chargement du four.

 

La chaux, analysée en pétrographie, au MEB-EDS et par DRX, est très pure. Il pourrait s’agir de chaux magnésienne.
Le four est par mesure de l’archéomagnétisme sur les parois (Ph. Lanos et Ph. Dufresnes, DR CNRS et IR CNRS, IRAMAT-CRPAA UMR 5060, Bordeaux III-Rennes), et par une analyse 14C classique sur les charbons issus du foyer (Chr. Oberlin, IR CNRS, CDRC Lyon UMR 5138). La combinaison statistique des intervalles fournis par les différentes méthodes donne deux solutions chronologiques : [268-278] à 2 % de confiance, et [319-424] à 93 % de confiance.

 

Partenaires

Centre interrégional de conservation et de restauration du patrimoine
Service régional de l’archéologie du Languedoc-Roussillon
IRAMAT-CRP2A UMR 5060
Archéologie des Sociétés Méditerranéennes UMR 5140
Centre de Datation par le Radiocarbone de Lyon UMR 5138
Direction des archives de France, Centre National du microfilm et de la numérisation de Saint-Gilles

Mots-clefs

four à chaux à couloir-foyer, Saint-Gilles du Gard, épigraphie, anthracologie