UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Les céramiques de l’Habitation Perrinelle à Saint-Pierre (Martinique)

Dans le cadre du PCRI, l’étude des séries issues des fouilles 1992-2001 de Serge Veuve (AFAN) et conservées dans le dépôt du SRA (DAC) à Fort-de-France, est conduite depuis 2007. L’exploitation sucrière crée par les Jésuites dès 1640 est implantée, sur la rive sud de la Rivière des Pères. Suite à l’expulsion de l’Ordre en 1763, le domaine fut racheté en 1775 par le sieur Perrinelle. L’Habitation retrouva alors sa prospérité d’antan et devint la plus belle de la Martinique jusqu’à l’éruption de 1902.

 

Dès les premières fouilles, des lots ont fait l’objet d’identification et les pièces les mieux conservées du village des travailleurs furent exposées dans les musées locaux. En 2007, Fabrice Casagrande (Inrap) entreprit l’étude du matériel de 3 cases (100 objets). Il paraissait important de confronter ces données au mobilier du « château » qui n’avaient jamais été étudié. Plus de 1500 céramiques montrent la diversité d’origine et de technique, avec une prédominance de faïence fine et de porcelaine.

 

Les services en porcelaine donne une image de l’art de vivre qui régnait dans cette demeure à la française. La porcelaine dorée de Paris livre un service, rouge et or, aux initiales « LP » de Louis de Perrinelle avec une variante vert et or. La marque renvoie aux ateliers de décoration de Louis-Marie Rihouet entre 1820 et 1836. Un deuxième doré, au « B » couronné, est au nom d’une personne associée à la famille. Un tampon attribue ce riche ensemble de formes à Pierre-Louis Dagoty. Des tisanières et vases peints ou dorés témoignent de réalisations parisiennes. D’autres, en porcelaine blanche ou peu ornée, portent les marques de Limoges. Mais la plupart des assiettes, tasses, soucoupes, vases, soupières, corbeilles et couvercles moulées ou pots à onguent sont anonymes.

 

Un service anglais en faïence fine « creamware » orné en transfert, est à la marque de Robert Wilson œuvrant dans le Staffordshire entre 1756 et 1802. S’y ajoutent des « pearlware » peints en bleu de scènes chinoises ou avec des bordures moulées «à la plume» sous glaçure. Les paysages en bleu sont au tampon de Thomas et Benjamin Golwin actifs dans le Staffordshire entre 1809 et 1834 et des assiettes blanches au nom de G. Harrison ou à l’ancre marine de Davenport. Les perlés, jaspures, « herborisations », plumes ou décors moulés en cuivre lustré font référence aux décors inventés en Angleterre, tout comme les ouvrages sinisants bleu dense de David Johnston et Jules Vieillard à Bordeaux. D’autres réalisations, en brun sont estampillées Creil jusqu’en 1840, avant la fusion avec Montereau. Deux carreaux polychromes, une fontaine moulée et un bidet en faïence blanche sont au timbre Creil-Montereau. Sarreguemines a livré une vasque, des pots à pommade, un broc et de la vaisselle. La succursale de Digoin à partir de 1871 a donné des bols et pichets multicolores. Gien, Lunéville, Maastricht, Saint-Amand et Hamage, Onnaing, Pexonne ont expédié des vaisselles de table et de toilette.

 

Les faïences en pâte argileuse, proviennent souvent des niveaux anciens de la fin du XVIIIe siècle conservés dans l’ancienne chapelle des Jésuites. Un plat à barbe de Rouen, garni de bouquets bleus est signé MR. Il est accompagné de fragments peints en bleu de Delft et de Moustiers, Varages. Les faïences blanches concernent des vases d’hygiène, de pharmacie et de table. Des assiettes à bord chantourné et cul noir rustiques sont peintes au panier fleuri. Ces terres à feu, attestées à Rouen dès 1722 sont de moins en moins décorées au XIXe s. et regroupent des écuelles, pots à anses et terrines. Un carreau émaillé au pochoir bleu de Beauvais pouvait appartenir à un potager comme d’autres bleu lavande.

 

Les assiettes et théières en porcelaine dorée de la Compagnie des Indes sont rares tout comme les pipes blanches à la façon de la Hollande dont les tuyaux sont aux noms de Louis Fiolet, Emile-Charles Dumeril, Emile Bouveur à Saint-Omer et Louis Maximilien Fiolet à St. Malo. Aux côtés de ces objets associés aux nouveaux rites de sociabilité, figurent des objets de piété en biscuit de porcelaine, statuettes de saints ou Vierge de Lourdes et des poupées. Les récipients en grès vitrifiés au sel ou glaçurés sont représentés par des pots anglais. Une terrine ovale à décor d’applique, correspond aux modèles fabriqués à Swansea dans le Pays de Galles pour le marché des Amériques et des bouteilles pour contenir des alcools sont au nom de Wynand Fockink Amsterdam et de W.A Gray qui relança à partir de 1857 Portobello Pottery en Ecosse. Des fioles en grès bleu moulé et un flacon d’encre évoquent le Beauvaisis tandis qu’une bouteille en grès brun d’encre japonaise est commercialisée par un détaillant français N. Antoine & Fils. De grosses jarres sont au nom de la Chapelle-aux-Pots (Oise).

 

Les terres rouges vernissées sur engobe blanc de la vallée de l’Huveaune ont été utilisées pour l’hygiène : des pots de chambre à anse, des tians brun, jaune ou vert servaient de cuvettes dans des meubles de bois. Les plats d’équipage et les écuelles à décor d’engobe ou incisé servaient pour la table. Des carreaux vernissés provençaux proviennent du potager bâti accolé au mur.

 

La batterie culinaire en terre réfractaire vernissée de Vallauris, compte des marmites droites au timbre de Carbonel Fils Marseille, ou à l’étoile Vallauris AM. Elles étaient associées à des poêlons de Castelli-Carbonel, fabrique fondée en 1880. Les terres vernissées extérieures à la Provence sont exceptionnelles et quelques fragments en terre claire sous glaçure verte évoquent les pots de Garros ou Bergerac.

La terre non vernissée d’Aubagne est réservée aux vases de jardin et pots de fleurs qui devaient orner les terrasses et le jardin d’agrément.

Les Tuileries de Saint-Henri à Marseille ont livré des tuiles mécaniques plates à emboîtement de Martin Frères et de Pierre Sacoman.

 

Des jarres de Biot utilisées pour la conservation de l’eau sont fragmentaires mais la plus ancienne tamponnée d’une fleur de lis remonte au XVIIe s. Des assiettes, jatte, pot à café vernissés en noir d’Albisola arrivent dès le XVIIIe s.

 

La céramique locale, liée au développement de l’industrie sucrière au XVIIIe s., est peu représentée. Les formes tournées sont pour la plupart issues des Poteries du Lamentin (Duchaxel ou Trois Ilets). Ce sont des carafes à bouchon dont l’eau rafraîchissait près des fenêtres. Leur forme soulignée de raies de tournage rappelle celle d’Aubagne. Les marmites à anses sont des copies de Vallauris et celles à préhensions horizontales sont dans la tradition « coco nèg ». Des jattes, passoire, réchaud, vase de jardin et un calice témoignent de la diversité des produits. La céramique architecturale comprend des tuiles écaille, des briques et une bordure peut-être de l’Ilet Chancel. S’ajoutent des formes à sucre et pot à mélasse, à la marque D des poteries Dubuc ou Dalençon du Marin.

Mots-clefs

Céramique coloniale – XVIIe-XXe siècles – Martinique – Saint-Pierre