UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
Vous êtes ici : > Recherche > Axe 3 > Activités de Production : Programme 2 > Etudes céramologiques : Paykent

Céramique de Paykent, oasis de Boukhara, Ouzbékistan

Le site de Paykent est étudié depuis 2010 dans le cadre d’un programme de recherche sur l’oasis de Boukhara mené conjointement par une équipe franco-ouzbek (Louvre, LA3M et Institut Archéologique d’Ouzbékistan) et sous la direction de Rocco Rante (Louvre – chercheur associé au LA3M).

 

La recherche sur la production et la consommation de la céramique de la période islamique progresse parallèlement aux investissements sur le terrain : les secteurs ouverts sur les Shahrestans I et II, le Rabat et le tracé du rempart ont fournis une impressionnante quantité de matériel de céramique consommée sur le site mais lié aussi aux aménagements urbains qui ont déplacé des remblais des potiers en activité soutenue dans la ville. C’est une telle concentration d’ateliers qui a été mise en évidence dans le quartier spécialisé le long du canal. Fouillés par Sophie Berthier (LA3M), les aménagements successifs des structures observées sur le terrain ont livré des séquences de production apparemment très restreintes et qui sont en cours d’étude.

 

A titre d’exemple, un des niveaux cendreux, constitué probablement par un chargement de fournée ratée et coupée par une structure de cuisson datée par C14 entre 895 et 1022, fournit un instantané de production : des formes en pâte calcaire sans revêtement et d’autres recouvertes d’émail. Les formes sans revêtement sont essentiellement fermées, à épaulement ovoïde ou très rarement caréné, à cols allongés, sur fonds plats ou montées sur trois pieds. La plupart porte des décors de pastilles poinçonnées sur les anses, le bord ou le col. Ce décor est complété par de petites anses qui retiennent des anneaux mobiles en terre cuite enfilés avant la cuisson. Des couvercles disque estampillés et retenus pas une seconde anse ou des filtres fixes à bouton central et trous s’ajoutent à certaines cruches.

Si cette série sans revêtement ne fait qu’enrichir les variantes de types déjà observés en consommation, une autre grande série atteste la production à Paykent de céramique émaillée et décorée en vert et en brun-noir de manganèse. La quasi-totalité des formes sont des coupes de dimensions variables, à revêtement épais de l’intérieur comme de l’extérieur. Les ratés, malgré les déformations et altérations du revêtement gardent quelques motifs des décors, parfois calligraphiés. On peut attester que l’émaillage est réalisé en deuxième cuisson puisque le même contexte a fourni un lot important de biscuits.

 

Au-delà des observations sur la morphologie, cet ensemble fournit de nouvelles connaissances sur les techniques de fabrication et modes d’enfournement. On y retrouve les petits tampons à estampiller avec des motifs des deux côtés, les barres de four, mais aussi des supports annulaires sur trois pieds qui portent les traces de glaçure et d’émail. Les gouttelettes de revêtement vitreux sur les pièces sans revêtement évoquent une cuisson simultanée des deux catégories.

 

L’exploitation et l’analyse des données recueillies et en cours d’étude vont nourrirent les réflexions sur la production et la consommation potière de Paykent pour la période des IXe-XIe s. Leurs croisements avec des résultats de datation établis par des méthodes rigoureuses de laboratoire poseront les bases d’une typo-chronologie précise et indispensable pour la connaissance de la ville et son réseau historique d’existence qui est, à une échelle proche, le territoire de l’oasis de Boukhara.

Mots-clefs

Céramique - Ouzbékistan - Paykent