UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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L’épave Aresquiers 10 identifiée comme celle du brick marseillais l’Amphitrite

Le gisement Aresquiers 10 (commune de Frontignan, Hérault, 34) a été déclaré aux Affaires Maritimes en 2001 par Guy Ruggiero, chasseur apnéiste. Trois campagnes - 2004, 2005, 2006 - ont été menées par la Section bénévolle de recherches archéologiques sous-marines de Frontignansous la direction de Laurence Serra alors doctorante au LAMM. Elles ont révélé qu’il s’agit de l’épave d’un navire marchand dont le bois et la cargaison présentent un état de conservation remarquable. Pour tenter d’identifier ce bateau, inconnu des déclarations de naufrage, il a fallu mener une enquête exhaustive regroupant les observations de terrain, les recherches en archives et les analyses de laboratoire. Ainsi, le dépouillement de huit ans de presse quotidienne autour des bornes chronologiques fixées par les plombs de douanes, retrouvés in situ, ont permis de recouper la mention du naufrage.

 

L’Amphitrite, brick de deux cent trente tonneaux de jauge, a quitté le port de Marseille en route vers la Martinique, touchant Trinidad, destination qu’il n’atteindra jamais. Son capitaine, Mersanne, est responsable d’un chargement hétéroclite destiné à fournir les colonies outre Atlantique: des morues séchées plombées selon une toute nouvelle ordonnance royale qui accorde des primes à l’exportation vers les colonies ; de l’huile d’olive surfine, produit de luxe, destiné aux riches planteurs, conditionnée dans des flacons en verre et appartenant au négociant James Plagniol. Divers métaux font aussi partie du voyage : cuivre, fer, grenaille de plomb, lingots d’étain pur, en provenance de Malaisie, ainsi que plusieurs malles dont une caisse de quincaillier remplie de chandeliers et d’outils. Tout l’attirail nécessaire à l’installation de commerçants dans les colonies.

 

Même si le verre ne représente qu’une toute petite part de la cargaison (1/20e) Ce site sous-marin est exceptionnel pour l’étude des emballages au XIXe siècle car c’est le seul exemple de conteneur en verre retrouvé à ce jour plein de son contenu et conditionné dans des caisses estampées. Les marques nous informent sur la nature du contenu : huile d’olive surfine ; l’identité du négociant : James Plagniol se fournissant en bouteilles à la verrerie du Cap Janet à Marseille et cité par Victor Hugo dans « Les travailleurs de la mer » ; le port de provenance de l’épave : Marseille et celui de destination : les Antilles françaises. A côté de ces bouteilles, des bocaux en verre incolores encore pleins de câpres pour certains, complètent la cargaison.

 

L’épave Aresquiers 10 est, par conséquent, un témoin unique du commerce de la méditerranée avec les colonies d’Amériques, enjeu économique et politique pour l’Europe depuis Colbert jusqu’à Louis Philippe et seulement connu par les archives avant cette découverte. Sa cargaison est un marqueur du type de marchandises vendues par les négociants provençaux vers la Martinique et l’Amérique du Sud. Cette épave s’inscrit dans un contexte historique, celui du système colonial dans les Iles et les plantations.

 

Collaborateurs

 

André Bervilliers, Directeur de recherches, Diversité génétique des plantes cultivées, INRA UMR 1097, Montpellier. Avec, Denis Olivier, DGCCRF ; Claude Pinatel, AFIDOL ; Catherine Breton, AFIDOL-IMEP. Sandra Greck, Xylologue, Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie, CNRS UMR 6116, Aix en Provence. Jean Bernard Memet, Responsable du patrimoine sous-marin, ARC'ANTIQUE CNRS, Nantes. Laurent Pavlidis, Master 2 recherche, CNRS UMR TELEMME, Aix en Provence. Gaël Piques, Archéozoologue, Laboratoire d’archéologie des sociétés méditerranéenne, CNRS UMR 5140, Lattes. Rémi Seguin, Doctorant, Université Montpellier 1, faculté de droit, Montpellier. Lucy Vallauri, Ingénieur de recherches, Laboratoire d'archéologie méditerranéenne médiévale, CNRS UMR 6572, Aix en Provence.

Mots-clefs

Méditerranée - épave - Amphitrite