UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Le site d'Erérouyk : Naissance, vie et survie d'un complexe religieux paléochrétien

Mission archéologique du LA3M à Erérouyk en Arménie
Campagnes 2011-2015

Le site d'Erérouyk se trouve dans le nord-ouest de l'Arménie actuelle, région de Chirak, non loin de la capitale médiévale Ani et de la frontière avec la Turquie. Il comprend les ruines d'un monument majeur de l'Arménie paléochrétienne, la basilique d'Erérouyk, les vestiges d'une enceinte, d'un ouvrage supposé être un barrage, d'un petit bâtiment voûté à moitié enterré et d'une agglomération apparemment tardive mais d’origine au moins médiévale, ainsi que deux salles rupestres et environ deux cents fragments sculptés principalement d'époque paléochrétienne et préarabe. Le site a été partiellement étudié à la période soviétique, mais de nombreuses questions d'un grand intérêt pour l'archéologie et l'histoire de l'art restent à élucider, concernant tant la basilique que les autres composantes de l'ensemble, dont ni les datations, ni les fonctions ne sont véritablement connues.

 

Deux campagnes préliminaires, en 2009 et 2010, ont permis l’établissement, pour la première fois, d’un relevé détaillé du site, et le lancement de trois études : une analyse d’archéologie du bâti, un répertoire lapidaire et un examen d’histoire de l’art. Ce dernier, appuyé sur une enquête documentaire, bibliographique, épigraphique et historique, et sur une étude des affinités syriennes de la basilique, a permis d’avancer pour elle une hypothèse de datation du VIe s.

 


Les campagnes lancées en 2011 sur financement du CNRS et du MAE, avec le soutien des autorités arméniennes, d’une durée d’un mois chaque année, ont permis au LA3M et à ses partenaires locaux, parallèlement à la poursuite des travaux engagés, de commencer l'étude archéologique du sous-sol. Des investigations géomorphologiques et sédimentologiques ont porté sur le vallon en amont du supposé barrage, et des sondages archéologiques ont concerné divers points du site, en particulier la zone funéraire-mémoriale au sud et en partie à l’est de la basilique. Cette zone avait retenu l’attention après l’identification d’un nombre inhabituellement élevé (7-8) de piédestaux carrés à gradins, destinés à l’origine à porter des stèles ou colonnes commémoratives couronnées d’une croix.

 


Les fouilles conduites sur cette zone, en particulier à son extrémité est, de 2011 à 2014, ont révélé la présence d'un cimetière. Pour la première fois dans l’histoire de l’archéologie médiévale arménienne, le LA3M a été autorisé à y implanter un chantier d’archéologie funéraire, ouvert aux jeunes spécialistes locaux. Sur les 66 inhumations mises au jour, dans l’ensemble bien conservées, 24 ont été soumises à une étude détaillée, incluant un examen anthropologique. Des prélèvements d’os humains y ont été pratiqués, dont la datation par le radiocarbone a, là encore pour la première fois en Arménie, fourni des références chronologiques fiables, non seulement pour les tombes, mais aussi pour les vestiges attenants et l’ensemble de la stratigraphie de la zone.

 


S’échelonnant du IIIe-Ve au XVIIIe-XXe s., ces inhumations attestent le fonctionnement du cimetière sur une longue durée, ayant commencé avant la construction de la basilique, alors que l’aire était peut-être déjà délimitée par les murs sud et est. Elles ont montré la permanence des pratiques funéraires : les individus sont en décubitus dorsal, tête à l’ouest et pieds à l’est, les bras généralement croisés sur la poitrine. Parmi les rares éléments de mobilier trouvés, une boucle de ceinture en bronze a pu être datée, avec certitude (chose également nouvelle en Arménie), entre 606 et 766. Lorsqu’elles sont conservées, des pierres tombales en forme de bâtière sur plinthe, marquent en surface l’emplacement des tombes.

 


A côté de ces permanences, un changement radical a pu être observé, à partir de l’an mil, dans la portion du cimetière étudiée par la mission, tant pour ce qui est du recrutement que des contenants. Alors que jusqu’au Xe s., on trouve, dans des cuves faites de plaques de pierre, une diversité normale de femmes, hommes et enfants, au XIe-XIIe s., au contraire, la quasi-totalité des inhumations correspond à des enfants en très bas âge, souvent même prématurés, et les simples inhumations en pleine terre se multiplient. Une hypothèse peut être prudemment avancée pour tenter d’expliquer ce phénomène insolite, celui d’une signification nouvelle acquise par le sanctuaire du fait de sa dédicace aux saints Jean-Baptiste et Etienne, autorisant peut-être à inhumer près de son chevet, des enfants morts avant le baptême.

 


Des investigations destinées à clarifier la question, restée jusqu’alors ouverte, du rôle propre des piédestaux à degrés ont infirmé l’hypothèse qu’ils aient pu abriter des inhumations. Leur fonction se limitait donc à mettre en valeur, en les surélevant, les mémoriaux en forme de stèle crucifère.

 


Des fouilles conduites à l’intérieur de la basilique et sous sa chambre angulaire sud-ouest ont, d’une part, montré l’absence de toute strate antérieure à l’édifice actuel et de tout espace souterrain ; elles ont, d’autre part, permis de mieux connaître les fondations de ses murs et ont révélé que les degrés sur son pourtour constituaient une imitation de krepis, l’édifice ne possédant pas de plateforme sous son sol. Des sondages effectués le long de l’enceinte, à l’est de la basilique, et auprès des deux constructions situées plus à l’est, dans le vallon, ont également apporté d’utiles éclaircissements sur la fonction de ces structures, sans encore élucider la question de leur datation.

 


Dernière du programme commencé en 2011, la campagne de 2015 correspondra à l’achèvement des relevés monumentaux, des études d’archéologie du bâti et des chantiers archéologiques et géomorphologiques engagés mais non achevés en 2014 par suite de la mort de l’un des membres de la mission, son topographe Georges Marchand. Seront ainsi réunis les derniers compléments à la mise en œuvre de l’archéologie globale et environnementale par laquelle la mission du LA3M espère pouvoir apporter, au terme de ces années d’étude, quelques réponses aux nombreuses questions posées par le site d’Ereruyk. La mission espère enfin avoir pu faire de la fouille d’Ereruyk un chantier-école offrant aux jeunes archéologues d’Erevan un enrichissement de leurs compétences, notamment dans le domaine funéraire, encore marginal dans l’archéologie médiévale arménienne.

 

Voir aussi

 

 

Mots-clefs

Archéologie, Archéologie du bâti, archéologie monumentale, Arménie, Erérouyk, paléochrétien

  • Ererouyk - Partie de la nécropole à fouiller en 2013
  • Chapiteau de colonne, à balustres et palmettes schématisées, exhumé en septembre 2011
  • Fouille de la nécropole
  • Flanc sud de la basilique et nécropole après fouilles et nettoyage du site septembre 2011
  • Ererouyk - Partie de la nécropole à fouiller en 2013
  • Ererouyk - Partie de la nécropole à fouiller en 2012