UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Architecture sacrée de l’Arménie et de l’Ibérie (Géorgie) à la période paléochrétienne (IVe-VIe s.)

Les sources locales affirment que l’adoption du christianisme en Arménie et en Ibérie aux premières décennies du IVe s. s’accompagna de la destruction des temples païens. Il est clair néanmoins que ces cultures, confrontées très tôt à la nécessité de créer un arsenal de formes au service de la foi nouvelle, ont puisé dans leur héritage antique, bénéficiant en particulier d’un important apport romain tardif. Il est naturel également qu’Arménie et Ibérie se sont enrichies de leurs relations avec les cultures naissantes de l’Orient chrétien, Asie Mineure, Syrie et Palestine. C’est pourquoi l’une des orientations des recherches doit viser d’une part à évaluer l’importance de ces apports initiaux, d’autre part à observer l’élaboration, à partir de la diversité de ces éléments, d’un langage propre. Le choix des compositions cruciformes et centrées à coupole, à la fin de la période considérée, conduira ces deux écoles à leur âge d’or.


La période paléochrétienne voit éclore ici une série d’édicules de la sphère mémoriale : des martyria et des mausolées, mais elle est surtout marquée par la prédominance des églises oblongues, sans coupole. Les plus nombreuses, une cinquantaine, sont des chapelles à une seule nef, relativement modestes. Plus grandes, mieux éclairées, les basiliques à trois nefs sont au nombre d’une dizaine dans chacune des deux régions, Arménie et Ibérie. L’Ibérie élabore un type qui lui est propre, celui de la basilique à trois salles, où les "nefs" sont séparées non par deux rangs de colonnes, mais par deux murs.


Une étude fine de l’ensemble de ces basiliques devrait examiner entre autres l’hypothèse des origines préchrétiennes, la question des liens avec la Syrie et l’Asie Mineure, celle des couvrements, dont quelques cas initiaux ont pu être en charpente. L’étude devrait aussi s’efforcer de tirer au clair les étapes de l’histoire architecturale des édifices et tenter d’établir une typologie rigoureuse et complète des décors.


Une importance particulière s’attache à l’étude de la coupole, qui commence à se manifester, bien que rarement, dès cette haute époque, dans l’architecture sacrée. L’une des questions à élucider est celle de la date de son apparition sur la cathédrale d’Etchmiadzine, dotée d’un plan en carré tétraconque tétrapode. Il convient notamment pour cela de reprendre l’examen du dossier archéologique du monument, l’étude de son décor sculpté et l’analyse du texte d’Agathange, auteur du Ve siècle, qui, rapportant la vision de saint Grégoire l’Illuminateur, évangélisateur de l’Arménie, semble clairement évoquer un édifice à coupole. Il est également indispensable de réexaminer soigneusement la documentation disponible sur l’église en croix inscrite à quatre appuis libres de Tekor, disparue depuis la première moitié du XXe s., afin en premier lieu de vérifier la fiabilité de l’inscription datant sa construction de la fin du Ve siècle et de tenter de dater, là aussi, l’implantation de la coupole et de son tambour.


En marge de l’examen de la période paléochrétienne et en préambule de celui de la période suivante, l’âge d’or du VIIe s., une grande attention doit se porter sur les quatre décennies qui s’écoulent de 590 à 630. Cette période correspond à un tournant décisif dans l’architecture des deux pays. Les compositions oblongues sans coupole qui prévalaient jusque-là sont abandonnées et la coupole impose désormais sa présence sur des structures qui assemblent l’espace sous son hémisphère. Le décor architectural entame également une nouvelle phase de son développement. Il faut ici encore passer au crible d’un examen critique attentif les édifices datés et datables de cette période pour y peser le poids respectif des éléments archaïsants et novateurs, ainsi que celui des liens avec les monuments protobyzantins.

Mots-clefs

Arménie, Géorgie, Syrie, Asie Mineure, Byzance, Histoire de l’architecture, Archéologie monumentale, Antiquité tardive, Période paléochrétienne