UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Architecture sacrée d’Arménie aux périodes postseldjoukide et mongole (XIIIe-XIVe s.)

L’attention se porte ici sur une période riche en phénomènes dignes d’intérêt mais encore peu étudiés : la période "des féodalités " (fin XIIe-milieu du XIVe s.), l’une des quatre grandes étapes du développement de l’art chrétien d’Arménie, après la période paléochrétienne et préarabe (IVe-VIIe s.) et le temps des royaumes (fin IXe-premiers tiers XIe), et avant la renaissance du XVIIe et la période moderne.


Après la disparition du royaume des Bagratides arméniens qui avait été le cadre au Xe-XIe s. d’un brillant essor architectural, l’Asie Mineure et le Caucase du Sud connaissent de profonds bouleversements par suite de l’arrivée des Turcs, des Croisades, du renforcement du royaume de Géorgie et de la fondation du royaume arménien de Cilicie. L’ancienne Arménie bagratide, libérée à la fin du XIIe s. de la domination seldjoukide, est dirigée par quelques dynasties princières sous l’égide du royaume de Géorgie.


Après une interruption d’environ un siècle et demi, l’architecture reprend son cours et connaît un nouvel épanouissement au début du XIIIe s. Plusieurs facteurs stimulent son développement : l’influence du milieu cosmopolite de l’ancienne capitale Ani, le rôle moteur de la bourgeoisie, les liens avec les musulmans, la tutelle géorgienne et l’essor du monachisme.


A Ani, la bourgeoisie finance les grands projets, comme la restauration et la construction d'églises et de palais. En architecture ecclésiastique, la typologie la plus fréquente est celle de l’église à coupole sur croix inscrite. Les dimensions des édifices se réduisent en plan mais augmentent en élévation. La décoration sculptée, notamment figurée, élargit sa présence. Une partie de la société, convertie à l’orthodoxie chalcédonienne, se rapproche de modèles géorgiens.


L’architecture monastique concentre les innovations. Omniprésents devant la façade ouest des églises principales des monastères, les narthex (jamatoun ou gavith), accueillent des structures sophistiquées à croisées d’arcs. Celles-ci présentent avec les systèmes analogues de France et d’Italie une grande parenté qui, à part quelques mentions dans des ouvrages comparatistes anciens, n’a fait l’objet d’aucune étude approfondie. Autre affinité avec l’Occident de cette époque, le campanile, clocher isolé en forme de tour, fait son apparition dans les monastères arméniens du début du XIIIe s.


La décoration architecturale sculptée réalise une synthèse originale de formules et iconographies héritées de la tradition et d’autres, inspirées des cultures voisines, géorgienne, musulmane, ou plus lointaines, notamment occidentale. Sujet encore vierge, les échanges entre les architectures chrétiennes (arménienne et géorgienne) et musulmane (seldjoukide) méritent une attention particulière. La décoration architecturale arménienne du XIIIe-XIVe s. et en particulier les portails à double chambranle, ainsi que les voûtes creusées de stalactites, montrent l’omniprésence d’éléments communs aux arts arménien et musulman.


Lorsque dans les années 1230 la domination mongole s’abat sur l’ensemble de la région, quelques seigneurs arméniens parviennent à protéger leurs domaines. Ces principautés sont, à la fin du XIIIe et au début du XIVe s., les foyers de l’ultime floraison artistique du Moyen Age arménien. Y exercent leurs talents des architectes qui sont parfois aussi sculpteurs et enlumineurs, et qui ont toute latitude pour innover. Dans le domaine conceptuel, renouant avec une tradition classique, les chapelles-mausolées à trois niveaux apparaissent. Dans le domaine de la décoration architecturale sculptée, les horizons s’ouvrent largement, mêlant aux formules traditionnelles des affinités avec le monde de l’islam et des iconographies occidentales.


L’examen des nombreuses questions qui se posent dans ce vaste champ d’investigation encore en friche contribuerait à une juste vision de l’histoire culturelle et humaine de la région. Une approche dépassionnée, libérée de tout à priori national, est nécessaire pour une étude sérieuse et complète de la diversité des apports dont s’enrichit alors la création.

Mots-clefs

Arménie, Géorgie, Moyen Age, Histoire de l’architecture, Archéologie monumentale et funéraire, Orient-Occident, échanges chrétiens-musulmans