UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Architecture sacrée en Arménie et en Ibérie (Géorgie) durant l’âge d’or du VIIe siècle

Durant les six décennies qui s’écoulent entre 630 et 690 environ, l’Arménie et l’Ibérie connaissent une brillante floraison architecturale, alors que les autres foyers chrétiens d’Orient, Byzance et la Syrie, sont paralysés, et que la région subit de forts soubresauts. Pour comprendre et mesurer ce phénomène, il faut confronter les données fournies par les sources et les monuments eux-mêmes. Après la reconquête de l’Arménie et de l’Ibérie sur la Perse sassanide par l’empereur byzantin Héraclius en 628-629, un régime nouveau s’instaure, notamment fiscal, plus favorable que le joug imposé jusque-là. La conquête byzantine ouvre la région aux vastes horizons de l’empire. Après les premières razzias arabes des années 640-650, la domination califale, légère jusqu’à la fin du siècle, n’entrave pas le développement de la région. Ainsi durant une bonne partie du VIIe s., l’Arménie et l’Ibérie, dirigées par des princes autochtone, sont largement autonomes.


L’un des objectifs de la recherche doit être de répertorier les manifestations de l’essor enregistré alors par la construction et les arts connexes (peinture et sculpture), tant à travers l’ampleur de la production architecturale que dans la diversité des planimétries, des formes architecturales et des procédés de décor, iconographies et motifs. S’agissant du volume de la production, il convient de préciser autant que possible la datation de la centaine de monuments, pour la plupart d’un haut niveau technique, compositionnel et esthétique, édifiés durant cet âge d’or. L’étude doit également faire ressortir les axes autour desquels s’articule la richesse planimétrique qui illustre cet épanouissement, en établissant une typologie affinée des compositions en croix libre, en croix inscrite, centrées et rayonnantes, avec leurs variantes.


Parmi les monuments-clés de cette période, la cathédrale en ruines de Zvartnots, des années 640-650, mérite une attention particulière. Son architecture audacieuse et son abondante décoration constituent un phénomène à la fois original et très représentatif. Manifestation paradoxale du rayonnement de l’art impérial à une période où celui-ci est éteint, Zvartnots, pour son plan, certaines de ses solutions architecturales, certains procédés et motifs de sa décoration, puise dans les répertoires romain antique, byzantin, syrien. En même temps, la grande rotonde à large coupole en pierre était profondément originale et fortement novatrice. Recenser les divers éléments qui fusionnent pour donner naissance à ce monument majeur est une tâche indispensable pour comprendre la dynamique de l’âge d’or du VIIe s.


En complément de l’examen de l’architecture sacrée, l’attention doit se porter sur les créations des architectures palatine et mémoriale durant la période examinée, et sur les formules compositionnelles et décoratives qui les accompagnent.


L’étude doit également se pencher sur l’impressionnante série de procédés décoratifs créés à partir de 630 environ pour animer les façades des monuments et souligner leurs principaux éléments architecturaux. En particulier la colonnade-arcature aveugle, le chapiteau cubique, le chapiteau ionique-arménien et la corniche à entrelacs sur plan incliné doivent retenir l’attention. Il convient aussi de faire ressortir la place nouvelle qu’occupe alors la figuration humaine et animale sur les façades des édifices d’Arménie et d’Ibérie, et en particulier sur les linteaux et tympans de leurs portes, où des compositions sculptées figurent le Christ, la Vierge et des saints, entourés ou non de donateurs. Ces scènes étant souvent une transposition de peintures absidales, leur examen exige la prise en compte des fresques dont se couvrent alors les églises, en particulier dans le cul-de-four de l’abside. Enfin, alors que les périodes précédentes avaient privilégié les ornements linéaires et géométriques, l’âge d’or du VIIe s. manifeste un sensible enrichissement du répertoire ornemental, en particulier par la multiplication de motifs végétaux (vigne, grenadier). Une étude exhaustive de ce répertoire devrait s’accompagner de la refonte et du complètement des planches synoptiques commencées au XXe s.

Mots-clefs

Arménie, Géorgie, Byzance, Histoire de l’architecture, Archéologie monumentale, Antiquité tardive, Période paléochrétienne, Age d’or du VIIe siècle