UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE

 

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Programme d'étude et de restauration du château de Villelaure (84)

Acquis par un particulier, le château de Villelaure fait l’objet depuis 2007 d’un ambitieux programme de restauration dirigé par Didier Repellin. Soucieux de doubler le programme d’une étude archéologique, le propriétaire en accord avec les services de la DRAC-PACA, a diligenté un spécialiste chargé de réaliser une analyse du bâti que complètent des sondages. La mise en évidence, dans certaines parties du château, d’une occupation antique apporte des informations d’un grand intérêt qui donne une importance supplémentaire à ce bel ensemble Renaissance.

 

Le monument est représentatif d’un mouvement post-médiéval de revitalisation qui couvre les années 1480-1520. Marqué, notamment, par la réorganisation des campagnes à la faveur d’une reprise économique et démographique, le phénomène, reconnu partout en Occident, a pris en Luberon une dimension originale en raison de l’intégration à la population de nombreux étrangers venus d’Italie et des basses vallées alpines. Le château neuf de Villelaure est représentatif de ce mouvement, les seigneurs de Villelaure, de Forbin, ayant passé en 1511 un acte d’habitation avec un groupe de colons vaudois.  Adeptes d’une religion interdite par le pouvoir, les Vaudois seront rapidement pourchassés et rallieront la Réforme en 1532 (concile de Chanforan). En 1545, François Ier ordonne leur persécution (exécution de l’arrêt "dit" de Mérindol).

 

Le cadre historique esquissé est essentiel pour replacer dans le contexte un mouvement architectural renaissant spécifique qui vit le pays se doter à cette époque d’architectures urbaines et de châteaux monumentaux innovants, tels la Tour d’Aigues, Lourmarin ou encore Saumane. Empreintes de formes et de règles  italianisantes appliquées déjà en Ile de France et Pays de Loire, les réalisations originales sont représentatives d’une Renaissance provençale originale, inspirée directement des monuments de l’Antiquité conservés en nombre dans la région, et qui renvoie en même temps à d’illustres exemples septentrionaux : Ecouen, aile Lescot au Louvre, Anet notamment.

 

Le cas de Villelaure illustre parfaitement ces thématiques. Construits à la charnière des XV et XVIe siècle par la dynastie de  Forbin, il occupe à proximité du village ancien une parcelle isolée située au centre d’un vaste domaine agricole. Simple bastide à l’origine, dotée d’un escalier hors-œuvre en vis, la demeure rurale connaîtra tout d’abord, avant 1563, deux phases d’extension de moindre envergure mais qui illustrent assez bien une ascension sociale des résidents liée à l’économie de la terre. Cette évolution aboutira, à partir de 1579, à la création du château à cour centrale, tel qu’il est visible encore de nos jours malgré son état d’inachèvement. Animé dans les élévations de détails épurés, l’ensemble se distingue notamment par la qualité de son aile méridionale pourvue d’un superbe porche ouvragé, inspiré de la Tour d’Aigues (et construit par un même concepteur, le Piémontais Ercole Nigra ?), et qui s’inscrit entre deux tours d’angle animées de bouches-à-feu. A l’intérieur de la cour un escalier rampe sur rampe d’une qualité exceptionnelle constitue l’une des originalités remarquables en cours de resturation.

 

C’est sous l’une des tours, qu’un sondage a révélé la conservation d’un bassin d’époque antique de belle facture qui suggère l’existence d’un complexe de qualité. Inconnu au moment de la construction du château, les vestiges ont été partiellement détruits lors de l’implantation des ailes ouest et nord. D’après les observations, le site archéologique semble se développer principalement  aux abords du château et sous une parcelle plantée en vigne. Deux autres sondages, dont l’un réalisé au pied du portail principal du château, ont confirmé l’extension, vers le sud et l’est, du site antique scellé par une épaisse couche de limon argileux résultant probablement d’une crue dévastatrice de la Durance.

 

La relation pouvant être établie entre une implantation antique à vocation agricole présumée (villa ?) et le château Renaissance, né d’une même volonté de réorganiser le terroir, constitue un fait et une coïncidence historiques d’un grand intérêt. La poursuite des recherches, programmées en 2013/2014, devrait enrichir le dossier en se référant au site tout proche de la Tuilière qui livra sur la commune au XIXe siècle les fameuses mosaïques romaines, déposées et acquises par un collectionneur américain.

  • Fort de Buoux
Mots-clefs

Archéologie, Archéologie du bâti, archéologie monumentale, restauration, construction médiévale, fortification, château, Villelaure