UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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La Chartreuse du Val-de-Bénédiction à Villeneuve-lès-Avignon

A l’initiative de Monsieur Robert Jourdan (CRMH-DRAC Languedoc-Roussillon) la Chartreuse a fait l’objet depuis 1999 d’études archéologiques réalisées dans le cadre des projets de restauration. Après les premières campagnes conduites sur le bâtiment des frères (CERIAH de Lyon), une équipe composée et dirigée par Andreas Hartmann-Virnich (LA3M) a été régulièrement missionnée entre 2001 et 2011. Chargée d’anticiper ou de suivre en urgence les travaux, le groupe a collecté au cours des différentes missions une somme conséquente de données qui ont permis de  dresser un état des connaissances totalement réactualisé.

 

A l’origine bourg résidentiel dédié, au XIVe siècle, aux cardinaux pontificaux avignonnais, la ville neuve s’installe au pied du Mont Andaon qui conserve les vestiges du village médiéval fortifié originel regroupé à l’ouest de l’illustre abbaye bénédictine de Saint-André. C’est en limite septentrionale du bourg résidentiel, sur une petite sommité, qu’Etienne Aubert, cardinal sous Clément VI (1342-1352), décide d’implanter sa résidence. Nommé pape à la suite de ce dernier, Etienne Aubert devenu Innocent VI (1352-1362), entreprend prioritairement d’importants travaux dans son palais. Dans la foulée, et après l’acquisition de nouvelles parcelles, il édifie aux abords immédiats une abbaye conçue pour 12 moines et qu’il concède à l’ordre des Chartreux. Après la mort d’Innocent VI, la destruction en 1365 du palais par incendie, incite les successeurs à doubler la communauté religieuse. Le monument ruiné est choisi pour implanter la seconde fondation. Après quelques moindres transformations et adjonctions (dont la boulangerie) au XV et XVe siècle, l’époque moderne coïncide, en pleine période faste, pour l’ordre cartusien à de nombreuses améliorations matérialisées notamment par la construction d’une nouvelle hôtellerie en remplacement des aménagements médiévaux inadaptés. Cet élan, entamé au XVIIe siècle, se poursuivra au siècle suivant avec l’agrandissement conséquent de l’hôtellerie suivi de nombreuses autres réalisations qui cesseront à la Révolution. Vendu comme bien national, l’abbaye est transformée en quartier populaire avant de faire l’objet de rachats des parcelles par l’Etat soucieux de recomposer et restaurer cet ensemble monumental d’exception. 

 

Vaste programme donc pour l’équipe de chercheurs désignés pour dresser un bilan des connaissances en tentant d’identifier puis de classifier chronologiquement le déroulement des opérations ayant conduit à la composition d’un si vaste et complexe ensemble. La première problématique étant de retrouver les traces du palais primitif, détruit ou refondu dans les nouvelles constructions. Il apparaît comme un quadrilatère organisé autour d’une cour centrale. Loin d’être homogène, la construction révèle de nombreuses étapes qui  se sont succédées sur une vingtaine d’années et qui, associées à l’édification de la première abbaye donnent l’impression d’un chantier permanent. Aux parties du palais connues de longue date s’ajoutent des aménagements inédits révélés par les études et qui permettent au final de restituer avec une certaine précision l’aspect du palais résidentiel et de ses nombreuses parties annexes. La seconde problématique pour l’époque médiévale concerne le mode d’adaptation de l’extension de l’abbaye au palais ruiné, qui résulte d’une volonté à conserver dans la nouvelle organisation le souvenir de l’œuvre d’Etienne Aubert. Le programme contraint apparaît tel un véritable tour de force architectural auquel on doit, malgré tout, la sauvegarde partielle du palais. Ces deux ensembles monumentaux intègrent la thématique prestigieuse des réalisations d’époque pontificale dans l’aire avignonnaise.

 

Pour l’époque moderne, les observations se sont portées sur le secteur nord de l’hôtellerie et des anciens ateliers agricoles reliées aux anciennes caves médiévales destinées à conserver les denrées et notamment le vin. Les abords contenant initialement les jardins sont lotis depuis le XIXe siècle. Parmi les résidences subsistent encore des aménagements cartusiens liés à l’activité agricole. On y observe les deux moulins (à grain et à huile), ainsi qu’un cabanon qui présente la même configuration qu’une cellule de père. La conservation d’un pan de clôture médiévale et d’un bassin circulaire reconnu chez des particuliers laissent augurer, dans des zones improbables, des prolongements d’étude porteurs.

Mots-clefs

Archéologie, Archéologie du bâti, archéologie monumentale, château, Chartreuse du Val-de-Bénédiction, Villeneuve-lès-Avignon