UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Fouille programmée du siège épiscopal de Sant’Appianu de Sagone

Le site Sant’Appianu de Sagone occupe une zone de contact entre la plaine littorale et les coteaux. Il se présente comme un léger replat dominant, à 10 m d’altitude, le fleuve la Sagone et la crique qui constitue un abri de qualité pour les navires.


Initiées en 1963, les recherches archéologiques ont été poursuivies de manière irrégulière et parfois au gré des opérations immobilières qui menaçaient de destruction une partie des vestiges. Le nouveau programme a vu le jour en 2007. Il vise principalement à mieux connaitre l’organisation et le fonctionnement du groupe épiscopal ainsi qu’à comprendre le processus qui a conduit à l’élévation de l’établissement rural antérieur au rang d’évêché. Les investigations, qui à ce jour ont porté sur plus de 1500 m², ont permis de renouveler complètement notre connaissance du site en mettant notamment en évidence l’organisation et l’évolution du quartier situé au sud de la cathédrale, en fournissant des datations mais aussi en proposant une interprétation nouvelle pour les édifices dégagés anciennement.


Le site est occupé dès le début de notre ère par une villa réorganisée  dans le courant du IVe siècle. Dès le milieu du Ve siècle une partie des bâtiments est abandonnée et une nécropole avec mausolée se développe dans les ruines. Au même moment ou peu de temps après, une église est aménagée en réutilisant une partie des constructions antérieures, notamment une abside semi-circulaire intérieurement et polygonale à trois pans à l’extérieur, sur laquelle s’ouvre une nef unique d’environ 8 x 20 m. Cet édifice est dédié à saint Appien comme l’indique la découverte de plusieurs tuiles de la fin du Ve ou du VIe siècle, portant l’inscription « +sancti Apiani/ubent Deo Paulus fecit+ ».


La fouille a mis en évidence l’existence d’annexes et d’un baptistère situé à 10 m au sud-ouest de l’église. Il s’agit d’une construction de plan circulaire (5 m de diamètre) au centre de laquelle se trouve la cuve baptismale de plan octogonal à l’intérieur et peut-être circulaire à l’extérieur. La partie orientale de l’édifice, délimitée par un chancel maçonné, a conservé les traces de deux autels successifs : un autel table à 5 pieds et un autel coffre. Au sud, la présence d’une alcôve et de divers vestiges indique probablement la position du trône épiscopal. Les céramiques et le dépôt monétaire de fondation permettent de dater la construction du dernier quart du VIe siècle. 


L’édifice est entièrement reconstruit dans le courant du premier Moyen Age. Le plan adopté, influencé par celui du baptistère de Mariana, est alors cruciforme (environ 9 x 9,20 m). Il est constitué d’un espace central quadrangulaire sur lequel se greffent quatre absides à fond plat. La cuve baptismale antérieure est réutilisée mais transformée. La partie orientale est isolée par un mur de chancel et grossièrement dallée. Au centre est conservée une petite fosse qui pourrait attester de la présence d’un autel occupant la totalité de l’abside orientale.


Sagone est élevé au rang d’évêché avant 591 comme l’indique une lettre de Grégoire le Grand. Par ce courrier, le pape ordonne à un évêque de Corse de réorganiser le diocèse dont le siège était vacant depuis de longues années. A partir de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle, tous les évêchés de l’île sont réunis pour n’en former plus qu’un dont le siège est probablement à Mariana. L’église de Sagone semble pourtant encore fréquentée et un cimetière se développe autour d’elle vers le Xe siècle.


Une nouvelle cathédrale est érigée vers le milieu du XIIe siècle, exactement sur les arases de l’édifice paléochrétien. Les vestiges conservés en élévation témoignent de l’adoption du style roman, caractérisé par l’emploi systématique de la pierre de taille et d’une discrète animation murale par le biais de pilastres d’angles et d’une haute plinthe. On retrouve ici des procédés élaborés autour de Pise et notamment sur des édifices de première importance comme la pieve Santa Maria de Cascina. 


Le site est abandonné à la fin du Moyen Age. La cathédrale est déjà partiellement ruinée vers 1520-30 et une nouvelle église, destinée à la remplacer, est en cours de construction dans le village de Vico, situé à 12 km de Sagone. En 1572 et pour des raisons de sécurité, le pape donne la permission d’y transférer le siège épiscopal.

Mots-clefs

Corse, Sagone, Sant’Appianu, fouille, Archéologie, église, pouvoir, évêché, époque médiévale