UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Recherches sur la cité antique et médiévale de Mariana

Mariana présente une situation exceptionnelle, celle d’une ville occupée durant près de 1500 ans, n’ayant pas fait l’objet de reconstructions destructrices. Ainsi, on peut estimer que l’espace archéologique préservé, potentiellement étudiable et valorisable, couvre une surface de plus de 50 hectares comprenant la ville, ses nécropoles et ses abords. Quant aux fouilles archéologiques, entreprises dès 1936, elles ont porté sur une étendue d’un peu plus de 2500 m², auxquelles il faut ajouter une zone suburbaine de plus de 2 hectares, objet de fouilles préventives.


Depuis 2011, la recherche archéologique est orientée vers l’étude de la topographie de la ville et de la campagne environnante. Elle associe les opérations programmées (prospections radar, fouilles, carottages) et préventives conjointement à la mise en place d’un programme de valorisation dont l’objectif à court terme est l’aménagement d’un parc archéologique et la construction d’un musée de site.


Mariana est une colonie de citoyens romains fondée par le général Caius Marius autour de 100 av. J.-C. Plusieurs auteurs, tels Sénèque, Pline l’Ancien et Solin, en témoignent par leurs écrits.


La ville bénéficie d’une situation privilégiée au nord de la plaine orientale de l’île, à proximité du littoral, de l’embouchure du fleuve Golo et de l’étang de Biguglia. Bien que le secteur ait été occupé par des colons dès IIe siècle av. J.-C. comme en témoigne les vestiges de la toute proche villa des Palazzi (commune de Venzolasca), Mariana fut érigée sur un terrain vierge. Son territoire s’étendait dans la plaine littorale, peuplée par les Vanacini, dont la contestation concernant l’attribution de parcelles périphériques aux colons se prolongera jusqu’à la solution définitive qui ne fut atteinte qu’en 77 ap. J.-C.


Vers le IIIe siècle, l’agglomération s’étend sur une vingtaine d’hectares ; il n’est pas absolument certain qu’elle ait été défendue par un rempart, mais elle est organisée selon un plan orthonormé au centre duquel semble se trouver le forum. Certains quartiers, lotis dès les origines de la colonie, n’ont pas été bâtis. Deux vastes nécropoles ont pris place à l’est (nécropole d’I Ponti) et à l’ouest (nécropole de Palazzetto-Murotondo) de l’espace urbain. Plusieurs axes routiers sont connus dont l’un, le plus méridional et bordé de portiques, se prolonge vers l’intérieur des terres et vers le littoral où pourrait se trouver au moins l’un des ports, à proximité de l’embouchure actuelle du fleuve Golo. Dans la campagne environnante, soit dans un rayon de 5 km, plus d’une centaine d’établissements ruraux (fermes, annexes agricoles, nécropoles…) ont été repérées et dans quelques cas fouillés.


Alors que quelques quartiers semblent être déjà abandonnés, et certains depuis le IIIe siècle, un groupe épiscopal est érigé sur une domus au sud de la ville dans le courant du Ve ou du VIe siècle. Au même moment, ou peu après, une église cimétériale (San Parteo) est bâtie au sud-ouest de la ville, au cœur d’une nécropole plus ancienne. Constitué d’une église, d’un baptistère et de plusieurs annexes, le groupe épiscopal est modifié à plusieurs reprises notamment à partir du VIIIe siècle quand Mariana est élevée au rang d’unique siège épiscopal de l’île. Ce nouveau statut permet de pérenniser l’habitat autour de la cathédrale et de conserver un véritable dynamisme tout au long du premier Moyen Age.


Au début du XIIe siècle, alors que la République de Pise a pris possession de la Corse, la cathédrale est reconstruite dans un style roman. Consacrée en grande pompe en 1119, il s’agit du plus vaste des édifices de culte de Corse. L’ambition des pisans était de faire de Mariana le centre religieux, politique et sans doute économique de l’île. Mais, en raison de la concurrence exercée par les castra édifiés sur les reliefs de l’arrière pays, elle va rapidement être déclassée et désertée. L’évêque lui-même s’installe dans une fortification voisine dès le XIIIe siècle. 


Malgré une tentative de réinstallation ecclésiastique à proximité de la cathédrale au milieu du XVe siècle, l’église est abandonnée. Une visite pastorale de 1530 la décrit déjà comme partiellement ruinée. Le siège épiscopal est d’ailleurs transféré à Bastia à la fin du XVIe siècle.

 

Voir aussi : Vidéo 2017 - Camille Robert, Audrey Parfait (réal.). Corse, du culte de Mithra aux premiers chrétiens / Philippe Chapon et Daniel Istria. Inrap, 2017, 07:46. Url : http://www.inrap.fr/corse-du-culte-de-mithra-aux-premiers-chretiens-12317

Mots-clefs

Corse, Mariana, fouille, Archéologie, Antiquité tardive, époque médiévale