UMR 7298 • UNIVERSITÉ D'AIX-MARSEILLE • CNRS
LABORATOIRE D'ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE ET MODERNE EN MÉDITERRANÉE
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Le Grand Khorassan : développement des villes et culture matérielle, entre antiquité et Moyen Age

L’acception moderne « Grand Khorassan » correspond aujourd’hui au territoire qui comprend non seulement la région à l’est de l’Iran, mais également, en dehors des frontières iraniennes, d’une partie de l’Afghanistan et du Turkménistan. Dans le passé cette entité territoriale était définie simplement comme Khorassan.

 

Toujours présent dans les sources arabes, ce territoire a été identifié comme faisant référence aux « pays de l’est ». Mais existe-t-il une toponymie déterminée correspondant au « Khorassan » ? Etait-ce une région bien définie aux époques anciennes ou l’acception est inhérente à des régions orientales ?

 

A l’époque sassanide (224-651) Xvârâsân définissait « les pays de l’est », ou comme l’appelait Herzfeld le « quartier de l’est », mais était-il ce territoire reconnu administrativement ? Ammien Marcellin dans sa division des provinces de l’Empire sassanide, ne mentionne pas le toponyme « Khorassan » qui à cette époque avait, cependant, déjà une connotation géographique.

 

A l’époque islamique ce terme est repris dans le même sens qu’il avait auparavant. Les sources arabes des premiers siècles mentionnent toutes les régions à l’est sous un même toponyme, Khorassan. Au début du VIIIème siècle, dans la définition d’un titre royal, le T’ang shu mentionne « Tegin, Roi du Khurasan » : témoignage par les sources chinoises que l’acception n’était plus simplement géographique, mais qu’elle faisait probablement déjà référence à une entité géopolitique.

 

Le Khorassan a été la porte empruntée par Alexandre le Grand pour se rendre en Bactriane et en Inde et, inversement, celle par laquelle les Seljukides et les Mongols entrèrent en Iran. Dans un contexte diachronique, le Khorassan était une zone de transit, de passage, un carrefour qui, surtout à la période médiévale, connut la création de différentes routes commerciales menant au nord, vers l’Inde, à l’ouest et en Chine. Le Khorassan est le territoire où la création de sectes religieuses et idéologiques à profil iranisant a été récurrente, et où a commencé la révolte abbasside au début du VIIIème siècle.

 

Aux IXème-Xème siècles, cette région voit la création de différents royaumes semi-indépendants qui reconnaissent la souveraineté califale de Bagdad. Tahirides, et surtout Samanides se succèdent dans la domination de cette vaste région, lui donnant peut-être pour la première fois des limites géopolitiques plus précises, mais qui s’étendent sur un territoire plus large incluant également une partie de la Transoxiane. Dans quel contexte politique se situe donc le Khorassan à cette époque et quels sont ses liens économico-politique avec Bagdad ? La culture matérielle peut-elle être ici vectrice de son identité géopolitique ?

 

Le Musée du Louvre, en collaboration avec le LA3M, mène depuis 2009 des recherches sur la région du Khorassan et l’Oasis de Boukhara, en Sogdiane. Les recherches archéologiques récentes, concernant la ville de Nishapour (Rocco Rante and Annabelle Collinet, Nishapur revisited: the Qohandez pottery, Oxbow Books and Louvre, Oxford 2012) et Paykend (« Fouilles à Paykend : nouveaux éléments », dans 20 ans d’archéologie française en Asie Centrale, éd. Julio Bendezu-Sarmiento, à paraître), dans l’Oasis de Boukhara, et surtout la Table Ronde organisée au Musée du Louvre (« Le Grand Khorassan. Culture matérielle et histoire », Actes de la Table Ronde Internationale, 15-16 décembre 2010, éditeur Rocco Rante (C2RMF - Amphithéâtre Palissy, Porte des Lions, Paris) - en collaboration avec le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes et l’Ambassade de France en Iran, à paraître) montrent une nette diversification culturelle pendant la période antique et tardo-antique, pour arriver à une certaine homogénéisation à partir du IXème siècle.

Mots-clefs

Khorassan - urbanisme - Antiquité - Époque médiévale